Ahed…

C’était une journée d’hiver comme tant d’autres. Après avoir pris la télécommande, Ismaïl finit par se retrouver, comme souvent lorsqu’il n’y avait rien de mieux à la télévision, sur une chaîne d’informations en continu. A l’écran, un présentateur, la quarantaine, costard bien ajusté, débitait un discours qu’il lisait sur son prompteur. Aucune émotion ne ressortait de son visage, comme si son humanité l’avait quitté. Pourtant, ce qu’il annonçait était effroyable :

« Dans l’actualité internationale, Ahed Tamimi, une jeune palestinienne de 16 ans, a écopé de deux ans de prison pour avoir giflé un soldat israélien… »

Avec Ismaïl se trouvaient ses deux enfants, Ali et Sarah, respectivement 10 et 11 ans. C’était cette dernière qui allait briser le silence quasi-religieux qui règnait dans le salon.

– Papa, ça veut dire quoi Ahed et c’est qui cette fille ? s’exclama-t-elle

– Excellente question, répondit Ismaïl avec un air grave. Approchez les enfants. Ali, assieds-toi sur le canapé à ma gauche. Sarah, viens sur mes genoux, je vais répondre à ta question.

Les deux enfants coururent de toutes leurs forces pour que leur père commence le plus rapidement possible. Ils aimaient tellement lorsque leur père leur apprenait des choses. Chaque fois qu’il le faisait, c’était avec tant de passion, de douceur et de talent qu’ils pouvaient rester des heures à l’écouter.

– Bien, nous pouvons commencer, dit le père de famille en se frottant les mains pour se les réchauffer. Eh bien, dans la langue arabe, Ahed signifie « le pacte », ou « la promesse ». C’est un mot qu’on retrouve souvent dans le Coran. Mais vu l’actualité, Ahed pourrait signifier force, courage ou patience. Mes enfants, vous avez beaucoup de chance de vivre ici, en sécurité, bien au chaud. Dieu a été généreux avec nous. Malgré tous les petits tracas du quotidien, vous n’avez pas à vous soucier des problèmes des adultes. De l’autre côté de la planète, il y a des enfants qui ont grandi trop vite.

– Que veux-tu dire par là, Papa ? coupa Ali. Le temps passe plus vite de l’autre côté de la Terre.

– Non, mon fils, reprit le père. Ce que je veux dire, c’est que la méchanceté et la noirceur des adultes ont fait que beaucoup d’enfants ont des soucis d’adultes avant l’heure. Beaucoup d’enfants sont devenus adultes alors qu’ils auraient dû avoir une vie d’enfant, pleine de rires et de jeux. Au lieu de ça…

Ismaïl s’interrompit. Il avait de plus en plus de mal à cacher son émotion. Cette petite avait 16 ans, et pourtant certaines de ses phrases étaient tellement pleines de sens et tellement matures qu’elles ont fait le tour du monde.

– Papa, dit Sarah, tu nous as dit qu’on pouvait retrouver le mot « ‘ahed » dans le Coran. Tu peux nous donner des exemples. En plus, j’aime trop quand tu récites le Coran, tu as une si jolie voix.

Ismaïl se tut quelques secondes. Ensuite, il prit une forte inspiration et commença à psalmodier quelques versets.

– Vous voyez ce verset signifie, continua-t-il, « […] Et qui est plus fidèle qu’Allah à sa promesse ? Réjouissez-vous donc de l’échange que vous avez fait : Et c’est là le très grand succès. Ils sont ceux qui se repentent, qui adorent, qui louent, qui parcourent la terre (ou qui jeûnent), qui s’inclinent, qui se prosternent, qui commandent le convenable et interdisent le blâmable et qui observent les lois d’Allah… et fais bonne annonce aux croyants. ». C’est dans la sourate 9, aux versets 111 et 112. Vous savez ce que ça veut dire les enfants ?

– Non, s’exclamèrent-ils en choeur.

– Ça signifie que même si le monde a abandonné Ahed, Allah, lui, ne manque jamais à Son ‘ahed, c’est-à-dire qu’Il ne manque jamais à Sa promesse et Son engagement.

– C’est tout pour aujourd’hui, conclua Ismaïl le regard embué par les larmes. Papa est fatigué.

Le lecteur illettré

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