Le Faucon de Quraysh – La vie incroyable du fondateur des Omeyyades de Cordoue

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Lire pour mieux réfléchir : c’est le maître-mot de ce podcast et aujourd’hui on va se pencher sur la vie d’un grand homme d’état et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit du fondateur de la dynastie des Omeyyades de Cordoue, qui a fait construire la célèbre Grande Mosquée de Cordoue, ‘Abd al-Rahmân ibn Mu‘âwiya que son ennemi et rival le calife abbasside Abû Ja‘far al-Mansûr surnomma le Faucon de Quraysh.

Et c’est bien du livre « le faucon de Quraysh » d’A. I . Akram, publié chez Ribât, dont on va parler aujourd’hui. Pour le commander d’ailleurs, je vous mets le lien affilié directement en bas.

‘Abd al-Rahmân l’Immigrant

‘Abd al-Rahmân est le fils de Mu‘âwiya fils de Hishâm fils de ‘Abd al-Malik. Lorsque Marwân II est renversé par les Abbassides, il s’enfuit et son frère est décapité devant ses yeux sans qu’il ne puisse rien faire alors qu’ils fuyaient. Il va alors errer à travers l’Afrique du Nord pendant environ 5 ans avant d’arriver dans la tribu de sa mère qui est nafzawite (en 754 à Sebta).

Al-Andalus baigne alors dans la guerre civile depuis un moment. Il y a d’abord eu les révoltes berbères réprimées par les Omeyyades avec l’aide de soldats du Shâm. Ceux-ci sont donc fidèles aux Omeyyades. Après cela, c’est le tribalisme arabe qui fera des ravages puisque les Yéménites s’opposent aux Muzarites. Al-Andalus est d’ailleurs gouverné par Yûsuf et son conseiller Soumayl qui sont Muzarites.

‘Abd al-Rahmân profite des divisions en al-Andalus

‘Abd al-Rahmân réussit à jouer de ces rivalités Arabes/Berbères et Yéménites/Muzarites. Il va donc tenter de prendre le pouvoir. Les premiers à se rallier à sa cause sont les anciens des armées du Shâm, fidèles aux Omeyyades. Sumayl refuse de se rallier au faucon de Quraysh contre Yûsuf. En 755, ‘Abd al-Rahmân débarque en Espagne. Les Yéménites, des Muzarites peu attachés à Yûsuf et Sumayl, ainsi que des Berbères vont se ranger du côté de ‘Abd al-Rahmân. Yûsuf tarde à réagir. Il pense pouvoir gérer la situation en offrant sa fille en mariage à ‘Abd al-Rahmân et en lui donnant des terres à administrer au Sud d’al-Andalus.

‘Abd al-Rahmân, l’émir omeyyade de Cordoue

Les premiers serments d’allégeance en faveur de ‘Abd al-Rahmân ont lieu en 756. Il va de ville en ville avec son armée dont le nombre ne cesse de gonfler. Il décide d’attaquer l’armée de Yûsuf et Sumayl en 756 à Musara près de Cordoue, le jour de l’aïd. Peu préparés à cela, Yûsuf, Sumayl et leurs soldats sont facilement vaincus et Cordoue passe sous la coupe de ‘Abd al-Rahmân. Juste après la victoire, des Yéménites qui s’étaient rangés du côté de ‘Abd al-Rahmân, mus par leurs rancœurs envers les Muzarites (qu’ils mettent tous dans le même panier) veulent en profiter pour tuer ‘Abd al-Rahmân mais la révolte ne prend pas.

La même année, Yûsuf et Sumayl réussissent à fuir mais finissent par se soumettre à Elvira. En 759, Yûsuf s’enfuit, réunit une armée et cherche à récupérer le pouvoir mais il est battu puis tué pendant sa fuite. Dans le même temps, Sumayl, emprisonné est assassiné par les hommes de ‘Abd al-Rahmân.

‘Abd al-Rahmân face aux rébellions

Entre 762 et 764, ‘Abd al-Rahmân mate deux révoltes du gouverneur de Tolède et une rébellion pro-abbasside. Ensuite, ce sont les Yéménites qui se rebellent à plusieurs reprises mais ‘Abd al-Rahmân réprime ces révoltes et les Yéménites ne se sont plus révoltés contre lui après cela. Puis, ce sont des Berbères réunis autour de la personne de Shaqna qui se rebellent contre le pouvoir omeyyade, mais encore une fois l’émir réussit à en venir à bout. Pour information, ces révoltes ont duré d’environ 762 à 777.

Souhaitant pouvoir faire pleinement confiance à son armée, au vu de toutes les révoltes qu’il subissait, ‘Abd al-Rahmân forme une nouvelle armée composée essentiellement d’esclaves-soldats européens et africains.

Charlemagne en Espagne

Le gouverneur de la Frontière Supérieure à Saragosse se rebelle contre les Omeyyades mais cette fois les Omeyyades sont battus. Pour rappel, la Frontière Supérieure est la région qui se situe entre les Pyrénées et le fleuve Ebre. Cette région a été très peu touchée par la guerre civile arabo-berbère et a toujours été très autonome. Soulaymân, gouverneur de la Frontière Supérieure, sait qu’il ne pourra pas tenir indéfiniment contre ‘Abd al-Rahmân. Il va donc appeler Charlemagne à l’aide. Celui-ci envahit la Frontière Supérieure, qui n’oppose aucune résistance jusqu’à Saragosse. Les musulmans de la ville refusent alors de se rendre. Il échoue lors du siège de la ville et décide de faire demi-tour par le même chemin qu’à l’aller. Il n’hésite pas à piller et massacrer sur la route. Mais il ne s’attend pas à ce que les Basques s’allient aux musulmans contre lui. C’est ce qu’il se passera et mènera au désastre très connu de Roncevaux en 778. Charlemagne ne mettera plus jamais les pieds dans la péninsule ibérique après cela.

‘Abd al-Rahmân, le faucon de Quraysh

Pendant ce temps ‘Abd al-Rahmân continue d’affronter des révoltes et de les anéantir. Il finira aussi par soumettre la Frontière Supérieure. 

‘Abd al-Rahmân a pris le pouvoir à l’âge de 25 ans mais ce n’est qu’à la fin de son règne de 32 ans qu’il réussit à faire de l’émirat omeyyade un état stable. Pour cela, il a dû anéantir de nombreuses révoltes. Il n’a jamais hésité à combattre, mais aussi, assassiner et trahir. Il était même capable de lâcher toute personne qui ne lui était plus utile. 

Mais ‘Abd al-Rahmân ibn Mu‘âwiya, comme je l’ai dit au début, c’est aussi celui qui a fait construire la grande mosquée de Cordoue. Un homme dont la vie a été tellement hors du commun qu’il doit son surnom de Faucon de Quraysh à un de ses pires ennemis et grand rival : Abû Ja‘far al-Mansûr.

En résumé

Quelle tristesse de découvrir, encore une fois, que l’histoire de la Oumma a été semée de trahisons, de divisions et d’amour de la dunyâ. A nous maintenant de ne pas tomber dans les mêmes pièges. Parce que l’apprentissage de l’histoire doit mener à la remise en question.

L’histoire de ‘Abd al-Rahmân est tellement riche en aventures qu’on se plaît à la lire comme un roman. D’autant que la plume de l’auteur, et du traducteur, sont efficaces pour cela. Le style est clair, simple. Et bien que les informations soient nombreuses, les cartes et la frise chronologique permettent de discerner les informations importantes à retenir de cette vie pleine de rebondissements. 

Mais cette histoire est également riche en enseignements. La seule question qui compte réellement est : saurons-nous tirer les leçons du passé ?

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