Laïciser des pratiques religieuses : une maladie moderne dangereuse

L’occident moderne a une manie : laïciser des pratiques religieuses. Les exemples sont nombreux mais deux d’entre eux sont particulièrement explicites : le jeûne et la méditation. Nous allons voir que ce qui est a priori sans danger est en réalité loin d’être anodin et doit être délaissé.

LAÏCISER UNE PRATIQUE RELIGIEUSE ?

Commençons par le début.

Lorsque je parle de laïcisation de pratiques religieuses, qu’est-ce que cela signifie ?

Vous avez tous remarqué cette mode du développement personnel / bien-être à outrance. Parmi les sujets qui commencent à revenir énormément dans cette thématique, il y a un certain nombre de pratiques qui sont, à l’origine, religieuses. Le jeûne et la méditation en sont les parfaits exemples. Laïciser une pratique, c’est faire un focus sur les bienfaits « douniesques » à court-terme tout en occultant complètement la partie purement religieuse et spirituelle de cette pratique.

LE RAPPORT AVEC LA MODERNITÉ ?

Comme nous le dit Guénon, la modernité est, par essence, anti-traditionnelle et donc anti-religieuse. Parmi les dogmes qui régissent cette contre-religion, on trouve : le matérialisme, le rationalisme, le scientisme, etc. Bref, le point commun entre tous ces dogmes est évident : la négation de tout ce qui peut se rapporter au supra-rationnel.

D’autre part, l’homme moderne a bien compris que certaines pratiques ont aussi des bienfaits à court-terme. En ce qui concerne le jeûne, par exemple, il s’agira de tout ce qui est lié à la santé de notre corps qui tire bénéfice de ce jeûne. Pour ce qui est de la méditation, c’est plutôt le mental qui en tirera des bienfaits et c’est d’autant plus flagrant que nous vivons une époque où le stress règne en maître.

Mais vous me direz que le jeûne et la méditation sont bien plus que cela et je suis bien d’accord avec vous. Ce sont des pratiques qui sont avant tout hautement spirituelles, qui permettent d’atteindre des niveaux de conscience métaphysique que l’on ne saurait atteindre sans elles. Ce n’est pas pour rien que Dieu nous informe dans le Coran que le but ultime du jeûne est d’aider le musulman à atteindre la piété. Tout simplement parce que jeûner c’est affamer son corps pour nourrir plus efficacement et prioritairement son esprit.

Et au lieu de s’élever à ces vérités, l’homme moderne a tiré ces pratiques à son médiocre niveau pour essayer d’en récolter uniquement les fruits les plus superficiels.

C’EST SI GRAVE QUE ÇA ?

OUI ! Parce que si nous nous laissons prendre à ce jeu, il y aura deux conséquences principales :

D’abord, à force de voir des bienfaits matériels être mis en avant un peu partout autour de nous, nous allons adopter le réflexe de vouloir toujours chercher et mettre en avant les bienfaits matériels de toutes nos pratiques religieuses. Cela aura pour impact de changer, petit à petit, nos intentions lors de nos rites. Inutile de vous dire que cela serait une conséquence désastreuse.


La deuxième conséquence principale est que, comme dans le film Inception, cela plante une petite graine dans notre esprit. Une petite graine qui ne cessera de pousser sans même que l’on s’en rende compte : le logiciel moderniste entrera dans notre esprit. Le paradigme moderniste, c’est finalement d’avoir comme référentiel l’Occident moderne. Et qui dit adopter le paradigme moderniste, dit forcément se détacher peu à peu du paradigme traditionaliste. C’est donc troquer les fermes racines de l’arbre de la tradition islamique (la bonne parole, la shahada, est comparée dans le Coran à un bel arbre dont les racines sont fermement ancrées dans le sol) pour l’inconstance et l’instabilité de la modernité (moderne venant du latin qui signifie actuel, la modernité ne peut être qu’inconstante et instable car toujours sujette au changement).

QUE FAIRE, ALORS ?

C’est simple. Tout d’abord, purifier nos intentions dans actes religieux. Il faut toujours se rappeler que si nous jeûnons, ça n’est pas pour évacuer les toxines et que si nous méditons, ça n’est pas pour nous libérer de l’anxiété.

Attention, cela ne signifie pas qu’il faille faire la sourde oreille à certains bienfaits à court-terme qui sont évidents. Mais il faut voir ces bienfaits comme ce qu’ils sont : des cadeaux de Dieu. Voyons-les comme un bonus supplémentaire que Dieu nous offre avant la récompense suprême dans l’au-delà. Les pieux anciens ne voyaient pas le jeûne, la méditation ou n’importe quel autre rite religieux comme de simples exercices de bien-être. Ils les pratiquaient pour les bonnes raisons et Dieu les gratifia quand même des bienfaits matériels et douniesques de ces pratiques.

Laïciser une pratique religieuse, c’est la défigurer complètement. C’est lui enlever ce qui fait sa raison d’être.

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