Le message du Musulman, selon Malek Bennabi

Lors de l’une de ses dernières conférences, donnée le 22 mai 1972 à Damas, Malek Bennabi livrait ce qu’il a appelé lui-même son testament (le discours entier est à écouter en cliquant ici). Il évoqua ce qui m’a semblé être la feuille de route que nous, musulmans de 2020, devrions également suivre si nous voulons que l’Islam puisse redevenir une alternative civilisationnelle non seulement possible, mais également nécessaire. Ce qui est intéressant, c’est que ce discours a été prononcé un peu plus d’un an avant la mort de Malek Bennabi. Nous pouvons donc le voir comme un condensé des concepts et messages essentielles qu’il a transmis par ces ouvrages, tout au long de sa vie.

Nota Bene : Dans le présent article, je tenterai de vous faire un résumé du propos de l’auteur. Le but étant de retranscrire le plus fidèlement possible la pensée de celui-ci, il n’y aura donc aucun ajout ou modification venant de moi.

Le rôle du Musulman est d’assurer non seulement son propre salut, mais également celui des autres. C’est son message, qu’il doit transmettre au monde. Nous pourrions penser que nous sommes trop faibles et loin, du point de vue civilisationnel, pour accomplir un dessein aussi lourd. Cependant, si nous nous rappelons de l’exemple des Compagnons, nous pouvons clairement observer qu’ils n’avaient aucun complexe d’infériorité devant les civilisations byzantines et perses. Bien plus que cela, ils se sentaient investis d’une mission : sauver le monde, en lui proposant une alternative civilisationnelle qui lui accordera une issue favorable ici-bas et surtout dans l’au-delà. 

Il faut également savoir que toute idée doit être vue selon deux aspects : l’authenticité et l’efficacité. Et l’idée « Islam », bien qu’authentique, a perdu de son efficacité. Cela, Malek Bennabi l’explique par le fait que le Musulman « a fini par tout abandonner, tout perdre, tout démolir »

Comment faire, alors ?

Tout message repose sur un miracle. Moïse changea son bâton en un serpent qui dévora ce qu’avaient fabriqué les magiciens, au point qu’ils finirent par croire et se prosterner. Jésus, lui, fit ressusciter les morts par la grâce de Dieu. Eh bien, le Musulman, pour transmettre son message au monde, doit lui aussi apporter un miracle pour convaincre. 

Conviction et persuasion

Notons que chaque miracle était adapté aux gens à qui il était destiné. Le miracle du Musulman doit donc être adapté à ceux à qui il s’adresse. Et celui-ci doit répondre à deux critères : la conviction et la persuasion. 

En effet, le Musulman doit être convaincu lui-même. Pas simplement convaincu de l’authenticité de l’Islam, car tout Musulman l’est déjà. Mais convaincu du fait que son message est taillé pour l’époque dans laquelle il vit. Si lui-même n’est pas convaincu que le message civilisationnel de l’Islam est à tous points de vue adapté à l’époque dans laquelle il vit, comment alors convaincra-t-il les autres ? Les compagnons en étaient persuadés, c’est pour cela qu’ils ont accompli le miracle de changer le monde et qu’ils l’ont fait en si peu de temps.

Le Musulman doit également être persuasif. Et le grand public n’est pas convaincu par de longs arguments théoriques et rationnels, mais par l’exemple. Ils veulent – comme Thomas l’apôtre de Jésus qui demanda, selon le Nouveau testament, à voir les stigmates de la crucifixion – le voir pour le croire. Et pour cela, il faudra que le Musulman change d’abord ce qu’il y a en lui-même de paresse, d’ignorance, de pourriture. Ce n’est qu’en se changeant d’abord lui-même qu’il parviendra à changer les autres. Ce n’est donc que comme cela qu’un renouveau civilisationnel pourrait avoir lieu.

Les 3 conditions pour sauver le monde

Pour accomplir un programme aussi ambitieux, il lui faudra remplir trois conditions.

  1. Se connaître lui-même.
  2. Connaître les autres.
  3. Se faire connaître des autres, après avoir effectué le changement intérieur susmentionné pour ne pas donner une image biaisée de ce qu’est son message.

Voilà donc ce que Malek Bennabi a transmis ce jour-là, comme message profond à l’attention de la Oumma et de la jeunesse en particulier, puisqu’il conclue lui-même :

« Je dis ces mots en guise de testament fait à l’adresse de mes chers frères et mes chers fils les étudiants […] »

Malek Bennabi, « Les rencontres de Damas », p. 195, éditions Benmerabet, 2015.

Évidemment, le chemin sera semé d’embûches et il faudra beaucoup de patience, de courage et surtout de la Providence divine pour y parvenir. Mais ne gagne-t-on pas une course une foulée après l’autre, après tout ?

Source bibliographique :

Malek Bennabi, « Les rencontres de Damas », éditions Benmerabet, 2015.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.