Perles de rhétorique coranique : introduction de la sourate al-Baqarah

La première page de la sourate al-Baqarah est une sous-partie hautement symbolique et importante : non seulement elle introduit la sourate, mais également le Coran puisque cela suit directement la sourate al-Fatihah. Il est donc intéressant, pour ne pas dire nécessaire, d’en méditer le sens. Pour cela, nous ferons comme dans l’article précédent : nous allons tenter d’analyser sa structure rhétorique.

Note importante : Je le dis souvent mais je ne suis qu’un lecteur illettré qui partage avec vous, je ne suis ni savant, ni prêcheur et je ne prétends nullement l’être. Ce que j’écris dans ces “perles de rhétorique coranique” s’inscrit dans le cadre de la méditation coranique qui est demandé par Allah à tout musulman et ce à de nombreuses reprises. Ces partages me permettent surtout de structurer mes méditations et réflexions personnelles. Je les partage car j’estime qu’elles peuvent être utiles. Si ça n’est pas le cas, qu’Allah me pardonne mes erreurs. 

Cette sous-partie est constituée de 4 segments

Comme nous l’avons déjà vu, la première étape lorsque l’on souhaite analyser une structure rhétorique, est de diviser ce qui la constitue en de petites unités élémentaires.

Je précise ici que le premier verset : « Alif, lam, mim » ne sera pas évoqué ici. Il forme une sorte de préambule, comme c’est le cas pour un certain nombre de sourates.

La découpe de la sous-partie qui nous intéresse nous permet de déduire qu’elle est composée de quatre segments : les segments positionnés aux extrémités étant bimembres (ce qui signifie qu’on peut les diviser en deux), les deux autres segments étant trimembres (on peut les diviser en trois).

Nous obtenons donc le résultat suivant :

[2] Voici le Livre qui n’est sujet à aucun doute.

C’est un guide pour ceux qui craignent le Seigneur ;

———

[3] ceux qui croient à l’invisible,

qui s’acquittent de la salât

et qui effectuent des œuvres charitables sur les biens que Nous leur avons accordés ;

 

[4] ceux qui tiennent pour vrai ce qui a été révélé à toi

et à tes prédécesseurs

et qui croient fermement à la vie future.

———

[5] Ce sont ceux-là qui suivent la voie tracée par le Seigneur ;

ce sont ceux-là qui connaîtront le vrai bonheur.

 

Une structure de type ABA’

C’est une fois la découpe faite que nous commençons à distinguer la structure de cette sous-partie. Les deux segments bimembres (les versets 2 et 5) sonnent comme l’introduction et la conclusion de la sous-partie. Ils se répondent entre eux. En effet, le verset 2 évoque « un guide », « houda » en arabe. Le même terme, « houda », est évoqué dans le verset 5 et il a été traduit par « la voie tracée ». Cette similarité nous permet de nommer ces deux morceaux : A et A’.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que le mot « houda » est tiré du même verbe que « ihdina », « Guide-nous », terme utilisé dans la sourate al-Fatihah.

Notons également que chacun des deux segments se terminent par un nom qui décrit les croyants : dans le premier segment, il s’agit de « ceux qui craignent le Seigneur » et dans le dernier « ceux qui connaîtront le vrai bonheur ».

Faisons tout de suite un point. Nous sommes en présence de deux morceaux A et A’ qui ont non seulement une structure rhétorique identique, chacun est composé d’un segment bimembre, mais également un sens similaire.

Nous comprenons grâce à cette première analyse que le Livre, le Coran, est une voie tracée que suivent ceux qui craignent Allah. Seules ces personnes-là connaîtront le vrai bonheur qui est évidemment le bonheur de la vie future.

Si nous nous arrêtions ici, il nous manquerait des informations. Nous serions en droit de nous demander, qui sont ces gens qui craignent Allah et qui vont connaître le vrai bonheur ?

C’est le morceau central, qu’on nommera B, qui répond à cette question. Il est essentiel de comprendre que très régulièrement dans le Coran, lorsqu’un morceau est au centre d’une structure rhétorique, c’est qu’il est la clé de compréhension du passage ou de la sous-partie. Le mettre au centre le fait en quelque sorte ressortir, comme pour alerter le lecteur que c’est un passage sur lequel il faut s’arrêter. On comprend également, grâce à cela, les raisons pour lesquels, parfois, on lit un passage dans une sourate qui n’a rien à voir avec le thème du morceau précédent ou suivant. C’est une façon de mettre en valeur ce passage.

Nous venons donc de montrer que nous sommes ici en présence d’une structure de type ABA’. Mais concentrons-nous maintenant sur le morceau B.

Il est composé de deux segments trimembres. On observe la répétition du mot « alladhina » qui signifie « ceux qui ». Allah va donc nous décrire qui sont ceux qui Le craignent et qui connaîtront le vrai bonheur. Le premier segment (verset 3) va nous donner une réponse générale et le deuxième (verset 4) va faire une espèce de focus sur une partie de cette réponse générale.

[3] ceux qui croient à l’invisible,

qui s’acquittent de la salât

et qui effectuent des œuvres charitables sur les biens que Nous leur avons accordés ;

Ici, nous avons trois membres avec trois types de choses qu’effectuent ceux qui craignent Allah : la foi en l’invisible, la prière et l’aumône.

Nous pouvons d’ailleurs noter que dans le Coran, la foi est quasiment toujours couplé aux bonnes oeuvres, l’expression « alladhina amanou wa ‘amilou s-salihat », c’est-à-dire ceux qui croient et font de bonnes oeuvres, revient souvent dans le Coran. Si nous faisons le parallèle ici, nous en déduisons donc que les bonnes oeuvres sont symbolisées par la prière et l’aumône, ce qui fait d’elles deux des bonnes actions les plus importantes en Islam.

[4] ceux qui tiennent pour vrai ce qui a été révélé à toi

et à tes prédécesseurs

et qui croient fermement à la vie future.

Le deuxième segment complète et précise le premier, en évoquant uniquement la foi. Implicitement, ce « zoom » nous prouve l’importance de la foi, sans laquelle les bonnes actions sont vaines.

Dans ce trimembre sont évoqués le présent, le passé et le futur (chacun étant évoqué dans un membre du segment). Le musulman doit en effet non seulement croire en la prophétie actuelle du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), mais également aux prophéties passées et à tout ce qui a été prophétisé sur la vie future.

[4] ceux qui tiennent pour vrai ce qui a été révélé à toi (Présent)

et à tes prédécesseurs (Passé)

et qui croient fermement à la vie future. (Futur)

En résumé

Nous sommes ici en présence d’une sous-partie dont le thème principal est la « houda », la guidée, la voie tracée pour ceux qui veulent atteindre le vrai bonheur, celui de l’au-delà, et qui craignent leur Seigneur. Cette guidée est celle que réclame tout croyant lorsqu’il récite al-Fatihah en récitant le verset 6 : « Guide-nous dans la Voie droite ». Cette première sous-partie de la sourate al-Baqarah, qui forme une espèce d’introduction au Coran et à la sourate, est donc en quelque sorte une réponse à l’invocation formulée dans la sourate précédente.

Cette guidée, qu’est-elle ? Comment faire partie de ceux qui craignent Allah ? De ceux qui atteindront le vrai bonheur ? 

Il s’agit de ceux qui ont foi en l’invisible – et plus particulièrement aux prophéties présentes, passées et les prophéties sur la vie future – et qui font de bonnes oeuvres, à la tête desquelles nous trouvons la prière et l’aumône.

Lorsque nous récitons ce début de la sourate 2, voilà ce que cela implique, d’après moi. Bien plus, voilà ce que cela implique lorsque nous récitons la Fatihah : Allah a répondu à notre invocation par cette introduction.

Lorsque tu récites :

[6] Guide-nous dans la Voie droite ;

[7] la voie de ceux que Tu as comblés de bienfaits,

non celle de ceux qui ont mérité Ta colère

ni celle des égarés !

C’est en fait, tout le Coran qui te répond, à travers cette introduction de la sourate 2 :

« Suis-moi et tu seras guidé sur la voie droite ! »

 

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