Perles de rhétorique coranique : sourate al-Ikhlas

La rhétorique est un ensemble de règles destinées au discours (écrit ou oral). Parler de rhétorique coranique, c’est prendre conscience que le texte coranique est organisé d’une manière bien précise, loin de tout hasard. Etudier la rhétorique coranique, c’est donc utiliser un outil supplémentaire afin de nous faciliter la compréhension de ce qu’Allah a voulu nous dire dans Son livre.  Il est évident que l’analyse de la structure rhétorique doit se faire en arabe, langue dans laquelle a été révélé le Coran.

 

Note importante : Je le dis souvent mais je ne suis qu’un lecteur illettré qui partage avec vous, je ne suis ni savant, ni prêcheur et je ne prétends nullement l’être. Ce que j’écris dans ces “perles de rhétorique coranique” s’inscrit dans le cadre de la méditation coranique qui est demandé par Allah à tout musulman et ce à de nombreuses reprises. Ces partages me permettent surtout de structurer mes méditations et réflexions personnelles. Je les partage car j’estime qu’elles peuvent être utiles. Si ça n’est pas le cas, qu’Allah me pardonne mes erreurs. 

Le but n’étant pas de théoriser pour théoriser, penchons-nous tout de suite sur un exemple précis et simple à la fois : la sourate 112. Soyons clairs, le but n’est pas de faire un exégèse (déjà parce que je ne suis pas un savant), il s’agit simplement d’utiliser l’analyse rhétorique comme outil pour mieux comprendre le Coran lorsque nous cherchons à le méditer. Ceci étant dit, commençons :

[1] Dis : « C’est Lui, Dieu l’Unique, [2] Dieu le Suprême Refuge, [3] qui n’a jamais engendré et qui n’a pas été engendré, [4] et que nul n’est en mesure d’égaler ! »

Diviser la sourate en de petites unités élémentaires

Pour pouvoir repérer les différentes parties qui composent une sourate, il faut assembler les briques unes à unes et ne pas sauter les étapes. Nous allons donc devoir trouver les différents membres (qu’on pourra aussi appeler propositions comme dans nos leçons de grammaire française de collège) qui, liés entre eux, forment un segment.

Concrètement, dans la sourate 112, nous trouvons facilement le premier segment qui est ici bimembre (plus simplement, ça veut dire que le segment est formé de deux bouts de phrases).

[1] Dis : « C’est Lui, Dieu l’Unique,

[2] Dieu le Suprême Refuge,

L’élément qui nous permet de dire que les deux membres vont ensemble et qu’ils forment un segment est la répétition du mot « Allah » dans chacun des membres du segment.

Notons que les deux membres ont une structure similaire puisqu’ils comprennent tous les deux le noms d’Allah suivi d’un qualificatif pour Le décrire.

[1] Dis : « C’est Lui, Dieu l’Unique,

Qoul houwa Llahou Ahad

[2] Dieu le Suprême Refuge,

Allahou as-Samad

Le deuxième segment comporte trois membres. En effet, nous repérons la répétition à trois reprises de la négation « lam ».

[3] qui n’a jamais engendré

et qui n’a pas été engendré,

[4] et que nul n’est en mesure d’égaler ! »

Petite précision technique, l’utilisation du verbe « walada » (enegendrer) dans les deux premiers membres semblent indiquer une structure de typer AA’B

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En déduire les morceaux qui constituent la sourate

En règle générale, un morceau comporte plusieurs segments (jusqu’à trois). Cependant, la sourate 112 étant très courte, nous remarquons qu’elle se compose de deux morceaux, chacun constitué d’un seul segment : le premier bimembre et le second trimembre.

[1] Dis : « C’est Lui, Dieu l’Unique,

[2] Dieu le Suprême Refuge,

———————————————

[3] qui n’a jamais engendré

et qui n’a pas été engendré,

[4] et que nul n’est en mesure d’égaler ! »

Conclure sur les sagesses qu’implique cette structure

Comme nous l’avons vu plus haut, nous sommes ici en présence de deux morceaux. L’un est constitué de deux affirmations et l’autre de trois négations.

Dans les deux cas, nous observons que chacun des deux morceaux a pour objectif, d’une certaine manière, de décrire Allah. Le fait que le premier morceau soit affirmatif et le deuxième négatif nous permet de déduire que nous avons deux façons de décrire Allah :

  • D’abord par ce qu’Il est
  • Ensuite, par ce qu’Il n’est pas.

La présence du qualificatif « Ahad » (l’Unique) au début du premier morceau et à la fin du second, et donc à chaque extrémité de la sourate, nous confirme que le point central à comprendre et assimiler quand on cherche à savoir qui est Allah est l’unicité de celui-ci.

En conclusion, Allah cherche ici à se faire connaître à nous. Il nous indique que Sa qualité première est Son unicité et qu’il y a deux façons de Le décrire : en affirmant ce qu’Il est et en niant ce qu’Il n’est pas.

Si vous souhaitez en savoir plus sur les notions de membres, segments, morceaux dans la structure rhétorique du Coran, je vous renvoie aux écrits de Michel Cuypers, particulièrement son livre « la composition du Coran ».

 

Cet article vous a-t-il apporté un éclairage nouveau sur la sourate 112 ? Dites-moi tout en commentaires !

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