Sécularisation et visibilité des Musulmans, d’après une intervention de Sofiane Meziani

Je vous présente ici les notes prises lors du visionnaire du débat de Sofiane Meziani et Tareq Oubrou sur les sujets de la sécularisation et de la visibilité des Musulmans (pour voir la vidéo complète du débat, cliquez ici). Il s’agira donc de retranscrire avec mes propres mots et tournures de phrases, les arguments de Sofiane Meziani dont l’intervention était très intéressante. Seul un passage est une citation exacte, que j’ai mise entre guillemets pour la faire ressortir.

Pour finir, le débat portait sur deux questions que j’ai rappelées en sous-titres.

L’islam doit-il se séculariser ?

La sécularisation, qui commence à la Renaissance, est un processus de neutralisation de l’âme religieuse. On parle de sociétés sécularisées pour dire que les sociétés ne sont plus structurées par l’élément religieux, ce dernier ne détermine plus l’ordre social d’une société. 

« Le fait d’introduire le sécularisme dans la religion et d’avoir comme principale clé de lecture ou grille de lecture la sécularisation comme interprétation de la religion ne pouvait que conduire à une conclusion de façon inéluctable : à la négation de la Révélation ».

Les principales définitions du concept de sécularisation, qu’elles soient philosophiques ou sociologiques, parlent d’une abolition ou d’une neutralisation de la religion.

Face à l’argument de Tareq Oubrou qui indiquait qu’il avait lui-même sa propre définition de la sécularisation comme un phénomène réversible qui n’implique pas l’abolition et la neutralisation de la religion, Sofiane Meziani rétorque que l’on ne peut pas donner le sens que l’on veut à un concept sous peine de créer une anarchie et une confusion intellectuelles. Même si des auteurs peuvent diverger sur la définition d’un même concept, il y a toujours un noyau sur lequel tous se basent.

Le risque de penser la réforme en terme d’adaptation de l’islam au contexte sécularisé est l’affaiblissement du contenu métaphysique et religieux de l’islam.

Il est intéressant d’être critique sur les références musulmanes. Cependant, il faut garder ce même oeil critique vis-à-vis des paradigmes de la modernité.

Comment faut-il concevoir la visibilité de l’islam ?

Tout d’abord, la question de la visibilité des Musulmans est construite par les médias et les politiques.

Le fait de se rendre plus discret pour ne pas heurter donne raison aux islamophobes et les conforte dans leurs positions et cela est une forme d’aliénation.

Tous les Musulmans ne relient pas leur pratique à des revendications identitaires, même si cela existe. On peut critiquer un certain type d’identitarisme, cependant il ne reflète pas la majorité des Musulmans qui sont déjà discrets dans le sens où ils vivent simplement sans poser de problèmes.

La réconciliation appelle l’engagement des deux parties. Or, ce sont toujours les Musulmans qui sont sur le banc des accusés. On ne peut pas appeler les uns (les Musulmans) à faire plus d’efforts (d’adaptation, de discrétion, etc.) que les autres. Il faut être critique vis-à-vis de la communauté musulmane mais également vis-à-vis de la citoyenneté et de la société. Il n’y a aucune raison pour que le Musulman doive réduire son capital de visibilité par rapport à ses concitoyens.

Pour finir, il est nécessaire de se poser quelques questions :

Premièrement, concernant le concept de shari’a des minorités, le fait de penser que nous sommes une minorité n’est-il pas un problème en soi ? Car si nous sommes une minorité numérique, nous ne sommes pas une minorité juridique.

Deuxièmement, le problème est-il vraiment un problème de visibilité ? N’est-ce pas ce que renvoie cette visibilité qui pose problème ? En effet, nous sommes dans une société très matérialiste, rationaliste et hostile à la transcendance. Or la visibilité des Musulmans renvoie à leur croyance et c’est cela qui pose réellement problème. 

Ce qui amène à une dernière question : est-ce que jouer le jeu de la discrétion, ce n’est pas seulement une étape qui doit mener à l’abolition de l’âme et de la conscience religieuse ?

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